Accueil

Histoire

La commune300px-neubois_c_034 de Neubois se trouve sur la rive droite du Giessen (le Comte-ban) un peu avant le confluent du Val de Villé et du Val de Lièpvre. Le finage présente trois territoires bien distincts : une partie de la vallée alluviale du Giessen, celle-ci atteignant ici 500 mètres de largeur à 220 mètres d’Altitude le glacis peu incisé qui s’étend jusqu’à 300 mètres d’altitude le vaste partie montagneuse qui englobe tout le massif de l’Altenberg (Château du Frankenbourg,703 m, Rocher du Coucou, 856 m, Altenberg, 711 m, Roche des Fées, 777 m).
Neubois domine d’une part les villages de Dieffenbach-au-Val, Neuve-Église et Breitenau, et, d’autre part, les premières localités proches de la vallée de Sainte Marie-aux-Mines (La Vancelle, Rombach-le-Franc). Cette configuration particulière, née de l’histoire ancienne (ancienne forêt du Comte-Ban) vaut à la commune de posséder avec ses 1142 ha, l’un des finages les plus vastes du canton, juste après ceux de Breitenbach et d’Urbeis.

Le blason

blason2« De gueules au hoyau d’argent emmanché d’or posé en barre, le fer en pointe ». Ces armes évoquent l’ancien nom du village « Geruth » ou « Kritt », signifiant défriché. L’instrument utilisé pour cette opération, la houe à défricher qui représente donc le nom du village. Celui-ci ayant fait partie du Comte-Ban jusqu’à la Révolution, les émaux employés sont ceux des comtes de Werde, dénomination adoptée par les comtes de Frankenbourg après 1185.

Origine du nom

murDu latin ecclésiastique novi bosci, qui veut dire bois neuf, est une mauvaise traduction du germanique Geruth = terre en friche. En alsacien Neubois se dit Kritt. Neubois est aussi la traduction de Novlla pris pour Novalia, terre en friche en allemand au moyen âge (Gerutte ou Gerreuth). La Gereuth ou Geraydt était un district forestier dont un ou plusieurs villages avait le libre usage. Certains de ces districts portaient également le nom de Confraternitates, Bruderschaften. Sur d’autres points l’association s’appelait Waldgenossen. La première mention connue de Neubois, Gerüte remonte, comme pour tous les villages situés au pied du château du Frankenbourg à l’année 1336. Ce toponyme germanique se retrouve dans les décennies suivantes sous la forme de Krütt, Kritt .. A partir du XVIIe siècle le nom est francisé; dans un recensement des familles de la paroisse de Neuve-Église, le curé Wilette cite le village sous le nom de Le Neufbois, orthographe que l’on retrouve d’ailleurs sur la carte de Cassini au XVIIIe siècle. Ce Neufbois est ensuite transformé tout naturellement en Neubois, mais a entre temps connu deux périodes de germanisation en 1871-1918 et 1940-1944.

Un village occupé dès l’antiquité

Les hauteurs surplombant le village de Neubois sont occupées et fréquentées dès l’antiquité, comme en témoigne le mur protohistorique qui longe le cône du massif du Schlossberg où se dresse aujourd’hui le château du Frankenbourg. C’est sur ce même site dominant l’entrée des Vallées de Villé et de Sainte Marie-aux-Mines ainsi que la route du Piémont, qu’est édifié le château du Frankenbourg, siège de l’autorité du Grafenbannen ou Comte-Ban. L’histoire de Neubois se confond avec celle du Comte-Ban et du château du Frankenbourg dont les imposantes ruines dominent le bourg. Village-clairière à ses débuts, Neubois dépend d’abord des comtes de Frankenbourg. Il passe ensuite dans les mains de plusieurs propriétaires à la suite de mariages et de ventes. Ainsi nous trouvons en 1359 Gerüte et l’ensemble du Grafenbann sont cédés par les comtes d’Oettingen à l’évêque de Strasbourg qui les vend à son tour aux chanoines du Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg en 1489. Ces derniers perdront leurs biens en 1789.

Notre Dame de Neubois

L’endroit où eure300px-neubois_c_044nt lieu les apparitions est à deux kilomètres du village de Neubois, appelé à l’époque Krüth, à mi-hauteur de la montagne, et à égale distance des ruines du château du Frankenbourg. Il y a à l’endroit une vaste clairière, au milieu de la forêt, d’où l’on jouit d’un magnifique panorama. D’un côté on aperçoit la commune de Scherwiller et le château de l’Ortenbourg. Avant d’entrer dans la clairière, on voit du regard de nombreux villages, dont Thanvillé, Saint-Pierre-Bois et l’église de Saint-Gilles perchée un peu au-dessus des deux villages. Plus haut on aperçoit les cimes de l’Ungersberg. D’un autre côté on voit le Val de Villé parsemé de villages. Aujourd’hui à la clairière se trouve une statue de la Madone, une statue de l’Archange Saint Michel terressant le dragon, une petite statue de Saint-Joseph, une chapelle avec une grande croix et un chemin de croix avec ses douze stations. C’est à cet endroit selon la légende que serait apparue la Sainte Vierge. En 1872, quand commencèrent les apparitions, l’Alsace était annexée à l’Allemagne depuis plus d’un an et le nom le plus usuel du village était celui de Krüth. A la vérité le village a trois noms: Neubois, Krüth, Geruth est le nom allemand. En ce dimanche 7 juillet 1872, après les vêpres, quatre fillettes âgées de 7 à 11 ans se promènent au pied du Schlossberg, à la recherche de myrtille . Soudain, une dame blanche portant sur la tête une couronne d’or, s’avance vers elles. Effrayées, elles s’enfuient à toutes jambes. C’est la première apparition de toute une série qui mettra en émoi le paisible village de Neubois. Effectivement, dans les jours et les mois qui suivent, d’autres enfants, mais aussi des adultes, sont persuadés d’avoir vu la Vierge Marie ou aperçu « la dame blanche », seule ou entourée d’anges ou … de soldats. La nouvelle de ces phénomènes extraordinaires se répand comme une traînée de poudre dans toute l’Europe centrale et méridionale, mais surtout en Allemagne et en France.

Ces évènements des apparitions sont relatés abondamment dans la presse locale et nationale et repris dans des brochures, ce qui ne fait qu’amplifier le phénomène. Neubois connaît alors une affluence populaire extraordinaire; au mois de janvier 1873, le Reichsbahn vend plus de 80 000 billets de chemin de fer à destination du Val de Villé.

300px-neubois_c_018
Une source à l’eau miraculeuse » est découverte. Plusieurs personnes prétendent avoir été guéries. Les conditions sont donc remplies pour que Neubois devienne le Lourdes alsacien!. Cette arrivée massive de gens commence à inquiéter l’administration allemande surtout que ces apparitions se teintent d’allusions et de propagande politiques: la Sainte Vierge viendrait pour libérer l’Alsace du joug prussien! A Paris est édité, en 1874, une brochure au nom évocateur: « La résurrection de la France et le châtiment de la Prusse, prédits par Marie en Alsace ». L’armée est chargée d’interdire l’accès du lieu des apparitions, puis de l’ensemble du ban communal. Les autorités religieuses restent très prudentes et sceptiques et conseillent la même attitude au chargé d’âmes de la paroisse, notamment à l’abbé Michel Ulrich qui recueille, avec une certaine naïveté, les témoignages des « voyantes » de sa paroisse. Le curé Alphonse Adam, qui lui succède en novembre 1876, puis l’abbé Boersch, à partir de 1879, prêtent une oreille moins attentive aux dépositions des visionnaires qui se font plus rares; par un patient et minutieux travail d’enquête, ils réussissent à montrer que ces apparitions sont nées de l’imagination des enfants, qui les uns après les autres, se sont rétractés. Peu à peu le village retrouve sa sérénité. Aujourd’hui une petite chapelle rénovée s’élève dans la forêt, près de la source « Mudergottes Brennela »; elle rappelle aux promeneurs et aux pèlerins ces évènements « surnaturels ». L’érection à Neubois, en 1883, de la « Confrérie du Rosaire Vivant », a-t-elle des liens avec ces apparitions ? De nos jours, le culte marial connaît dans le village une dévotion particulière et continue à attirer des pèlerins venus de près ou de loin.

Lieux et Monuments

Neubois est un village riche en petits monuments et autres curiosités naturelles. Douze croix sont encore dressées sur son ban, plusieurs chapelles et oratoires du XIX ième siècle, des fontaines publiques, des rochers particuliers et un nombre importants de vieilles bornes.

Château du Frankenbourg

Sur la montagne qui domine le village et qui sépare le Val de Villé du Val de Lièpvre, on voit encore les ruines du château du Frankenbourg dont la tradition attribue la fondation à Clovis, vulgairement appelé das Grüther-Schloss (le château de Gereuth). La première mention de ce château se trouve dans une charte de l’année 1105; il appartient alors aux comtes de Werde, qui furent élevés à la dignité de landgraves vers 1196. Vendu à l’éfrankenbourg1vêché de Strasbourg, il fut d’abord possédé en fief par les comtes de Werde, puis engagé en 1134 au comte de Linange, et en 1411 à Burcard de Lützelstein. Le fils de ce dernier, de concert avec le comte Jean d’Ebersheim, tenta de s’emparer en 1446, de l’archevêque d’Arles, lorsque ce prélat revenait d’une tiède tenue à Francfort pour le rétablissement de la paix de l’Église. L’archevêque leur échappa, mais quarante personnes de sa suite, quatre-vingts chevaux et plusieurs voitures chargées d’effets précieux tombèrent au pouvoir des agresseurs, qui allèrent s’enfermer dans le château du Frankenbourg. Le cardinal, malgré tout son crédit, ne put récupérer les objets enlevés; on ne lui rendit que les hommes et les chevaux. En 1470 le château était la propriété de la ville de Sélestat. Il fut détruit par un incendie, en 1582, et n’a plus été relevé depuis. Il resta cepedant le chef-lieu d’un bailliage, appartenant au grand-chapitre de la cathédrale de Strasbourg. Ce bailliage, qui comprenait la partie méridionale du Val de Villé, était aussi connu sous la dénomination de Comte-Ban parce qu’il avait appartenu anciennement aux comtes de Werde, plus tard landgraves de la Basse-Alsace; les comtes de Werde eurent pour successeurs les évêques de Strasbourg qui cédèrent le bailliage au grand-chapitre.

Bornes armoriées

borneSur le territoire de la commune et tout particulièrement, l’ancienne forêt supérieure du Comte-Ban, en partie l’actuelle forêt domaniale de La Vancelle se trouve des bornes armoriées. Cette forêt appartient avant la Révolution au Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, propriétaire du château du Frankenbourg, qui procède à l’abornement de la forêt supérieure entre 1764 et 1766, gravant sur chaque borne la date de 1764 et le blason des comtes de Werde premiers propriétaires. Certaines datant de 1708 sont ainsi réutilisées. Elles marquent la séparation avec Rombach-le-Franc, fief du duc de Lorraine, actuelle limite départementale entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Cette série est donc armoriée sur deux faces, d’un côté par la Croix de Lorraine, de l’autre par le blason du landgraviat. D’autres bornes sont ajoutées plus tard pour indiquer la limite d’une petite forêt, appartenant à Sélestat, située au-dessus de La Vancelle. Elles datent de 1780, sont armoriées d’un côté et portent le monogramme de Sélestat de l’autre. Toutes ces bornes font partie de la numérotation des 215 bornes qui bordent la forêt des chanoines. La quasi totalité a été martelée à la Révolution; seule une dizaine a été épargnées.

La forêt inférieure, dite de Châtenois, appartenant également au Grand Chapitre, borde en partie le sud et l’est du ban de Neubois. Un abornement effectuée en 1849 a réutilisé deux séries de bornes intéressantes : une série de 1729 aux armoiries du Comte-Ban et de Châtenois, avec le châtaignier. L’une d’entre elles, de 1624, fait partie des plus anciennes bornes de la vallée.

Église Saint Materne (1858)

Église Saint Materne à Neubois

Église Saint Materne: Intérieur de l’église de Neubois

300px-neubois_c_009
300px-neubois_c_040
Tableau représentant Saint Materne en habit de moine de pèlerin monté sur un rocher. Peinture de 1995 due à Suhr d’après une esquisse de Kuder

300px-neubois_c_042

Orgue de Joseph Callinet, transféré à Neubois en 1880

orgue

L’église est consacrée à Saint Materne, qui selon la légende aurait été envoyé en Gaule par Saint-Pierre, accompagné par Eucharius et Valérius. Il devint par la suite évêque de Cologne, puis de Trêves. Il portait un « Krückstock« , sorte de bâton-béquille de pèlerin, qui aurait été celui de Saint-Pierre. C’est par ce bâton qu’il aurait été rappelé à la vie par ses deux compagnons lorsqu’il s’effondra mort, à son arrivée en Alsace.

L’édifice se compose d’une nef rectangulaire (22 x 12 mètres environ) qui se termine vers l’avant par un parvis de grès rose d’où trois marches donnent accès au chœur (7,5 x 8 mètres environ). Un arc triomphal en stuc sépare la nef du chœur. De part et d’autre, les deux autels latéraux sont dédiés à la Vierge (à gauche) et à Joseph (à droite).

Le premier, encadré par deux piliers d’inspiration ionique, présente une niche abritant une statue de Marie, couronnée d’une guirlande de fleurs, drapées dans un riche manteau porté sur une robe blanche, les mains jointes. Elle écrase du pied la tête du serpent qui tient encore la pomme de la tentation dans sa gueule. Le pied gauche de la Vierge repose sur un croissant de lune, c’est une « Sichelmadona« , une Vierge au croissant de lune, la Vierge de l’Apocalypse. L’autel de Saint Joseph, de structure identique, présente une statue du père nourricier de Jésus, en tunique blanche, avec un manteau du même tissu que celui de Marie. Il portait probablement dans sa main gauche un lis aujourd’hui disparu. Devant cet autel, près de la cuve baptismale, est posé un prie-dieu qui mérite notre attention. Sur un panneau de bois, un ange peint tient une banderole déployée proclamant « Magnidicat anima mea Dominum » (mon âme bénit le Seigneur). en-dessous, sur le travers en bois, est gravée en relief l’incantation:  » Wachet und betet » (Veillez et priez !). La chair a perdu son escalier d’accès, personne n’y prêchera dans les prochains temps! Une peinture fixée au centre du plafond de la nef représente une nuée d’angelots volants, se tient sur le croissant de lune, au-dessus d’une frange nuageuse qui couvre un globe terrestre autour duquel s’enroule le serpent-dragon tenant une pomme dans sa gueule. On reconnait là le thème tiré de l’Apocalypse de Saint Jean déjà représenté sur l’autel de la Vierge. Huit vitraux simples bordés d’un ruban de feuilles d’acanthe dorées sur fond bleu, portent les noms des donateurs ainsi que celui de l’atelier Ott de Strasbourg, qui les a réalisés en 1906.

Le statuaire comprend une grande Piéta, Vierge douloureuse en terre cuite, un moulage en plâtre représentant le Sacré Cœur, Sainte Odile, Sainte Anne et sa fille Marie et sutout une statue en bois de Saint Antoine à l’enfant Jésus. Une plaquette nous indique qu’elle est l’œuvre de Ferdinand Stufleser, sculpteur et constructeur d’autels à Sankt Ulrich dans le Tyrol autrichien.

Le chœur est éclairé par deux vitraux, également dus à l’atelier Ott. Le premier est dédié à Sainte Odile, patronne de l’Alsace. Le second montre Saint Martin. L’oie, à ses pieds, rappelle une légende du XVe siècle. L’animal aurait révélé la cachette où Saint Martin s’était retiré pour se soustraire à l’élection épiscopale. Elle est devenue par la suite la « Martinsgans« , l’oie de Saint Martin qui a fait du saint le patron des éleveurs d’oie.

Pièce maîtresse du chœur, un tableau représente Saint Materne, patron de l’église et de la paroisse. Monté sur un rocher, en habit de moine pèlerin, escarcelle à la ceinture, il est doté de son bâton surmonté du Christ en croix. La peinture, récente (1995) est due à Suhr d’après une esquisse de Kuder.

L’église de Neubois possède le seul orgue Collinet de la vallée, l’un des rares du Bas-Rhin. sa partie instrumentale a été classée parmi les Monuments Historiques en 1978. Joseph Callinet, de Rouffach a construit cet orgue en 1823 pour la paroisse de Ballersdorf (Haut-Rhin). Il a été transféré à Neubois en 1880. Après plusieurs interventions,l’instrument se trouvait dans un état pitoyable. Il est restauré en 1987-1988 par Alfred Kern qui le remet dans son état d’origine.

Notre Dame de la source

200px-neubois_c_022 200px-neubois_c_028
Oratoire de Notre Dame de la source situé dans les bois de Neubois
Sanctuaire de Notre Dame de la source vu depuis le sentier

Une petite chapelle rénovée s’élève dans la forêt près de la source « Mudergottes Brennela »; elle rappelle aux promeneurs et aux pèlerins les apparitions « surnaturelles ». Ce sanctuaire dédié à la Vierge se trouve à 10 minutes du chemin de croix qui se trouve sur les hauteurs de la commune. Pour accéder à cette chapelle suivre la pancarte marquée d’une croix bleue. A un moment donné un sentier assez pentu se détache du chemin principal qui mène directement au sanctuaire où existe une source et des bancs pour les promeneurs.